Lara Mahi

  • Doctorante en sociologie (Université Université Paris Nanterre, ED 396)
  • Thèse menée sous la direction de Philippe Combessie
  • Attachée temporaire d'enseignement et de recherche au sein de la mention "Santé, Populations, Politiques sociales" de l'EHESS (2014-2016)
Façonner les gens comme des malades : une enquête dans la chaîne pénale

À l’origine de mon projet de thèse, un constat : les taux de prévalences du VIH, du VHC et d’autres affections somatiques chroniques sont largement supérieurs, dans les prisons françaises, par rapport à ceux observés parmi la population générale. Pour autant, nous savions peu de choses sur la manière dont s’articulent les trajectoires pénales et les trajectoires de santé des personnes confrontées aux institutions judiciaires. Je proposais d’analyser le traitement des malades par et dans la « chaîne pénale » en portant mon attention sur deux acceptions de ce traitement – celui pénal et celui médical – et sur trois maillons de cette chaîne – le procès, l’enfermement carcéral et la sortie de prison.

Mes analyses s’appuient sur trois ans d’enquête de terrain (2010-2013) : (1) j’ai conduit des observations ethnographiques au Tribunal de grande instance de Paris, dans trois établissements pénitentiaires situés dans l’Est, dans le Centre et dans le Sud de la France et dans deux Unités hospitalières sécurisées inter-régionale (dix-neuf mois au total dans ces institutions) ; (2) j’ai mené des entretiens auprès de personnes détenues, de personnes dont la peine avait été « suspendue » pour raison médicale et de personnes détenues hospitalisées (n=74) ; (3) j’ai constitué une base de données statistiques à partir des délibérés d’une chambre correctionnelle (n=290).

Adaptant le concept d’ « effet de boucle » développé par Ian Hacking, je soutiens que la chaîne pénale façonne les gens comme des malades : la poursuite d’une logique d’ « individualisation » ou de « personnalisation » de la peine, à chacun des maillons de cette chaîne, implique des opérations successives de catégorisation problématique des personnes, personnes qui, à leur tour, mobilisent ces catégories, les amplifient et participent ainsi à légitimer leur usage. Les principaux résultats qui étayent cette thèse sont les suivants.

I.« Questionner des “problèmes de santé” ». Au cours du procès pénal, la maladie est un registre d’exploration pour les magistrats qui questionnent les prévenus sur leurs « problèmes de santé ». Tous sont ainsi incités à parler d’éventuels problèmes médicaux. Des modélisations statistiques m’ont permis de montrer que ceux qui se soignent sont « protégés » de la prison, tandis que ceux qui révèlent être malades et ne pas se soigner ont davantage de risques d’être condamnés à une peine de prison ferme. À leur entrée en prison, tous les détenus sont à nouveau questionnés – par des surveillants pénitentiaires ou brigadiers, puis par des médecins – sur leurs éventuels « problèmes de santé ». Ainsi, ils sont à nouveau incités à faire état de problématiques médicales.

II.« Devenir malade ». Les consultations médicales systématiques de tous les « arrivants » en prison s’achèvent par la programmation de nouveaux rendez-vous et d’examens médicaux. Les diagnostics tombent. Les traitements sont poursuivis, repris ou initiés. Alors qu’« à l’extérieur je m’en fous ! » – comme me confient des détenus – ils développent une attention à leur corps et à ses transformations, au travers desquelles ils tentent d'objectiver leur peine (c'est-à-dire leur sanction, leur douleur et le temps). Surtout, ce corps devient problématique ; certains, qui avaient reçu un diagnostic avant leur incarcération, situent néanmoins l’annonce de ce dernier au moment de leur entrée en prison. Ils apprennent à se définir comme « malades ».

III.« (re)Définir “le médical” ». En parallèle, la perspective d’obtention de privilèges – effectifs ou supposés – destinés aux « malades » tels que des objets ou des remises de peine participe à ce que les personnes détenues revendiquent l’élargissement de ce qui est « médical ». À leur tour, en prison, ils incitent les professionnels de santé à médicaliser un certain nombre d’événements (transferts, alimentation…) ou d’objets (pantoufles, plaques-chauffantes…) participant ainsi à légitimer l'usage du registre de la maladie à tous les maillons de la chaîne pénale.

Parcours

2014-2016
Ater à l'EHESS (Mention SPPS)

2010-Aujourd'hui

Doctorante en sociologie sous la direction de Philippe Combessie
Titre de la thèse : « Façonner les gens comme des malades : une enquête dans la chaîne pénale»
Laboratoire Sophiapol (EA 3932)
Université Université Paris Nanterre
Contrat doctoral financé par Sidaction et le Fond de dotation Pierre Bergé (2010-2014)

2009-2010
Master 2 recherche « Économie et Société » – Mention Très bien
Mémoire de recherche : « VIH/sida : de la maladie à la responsabilité. Trois phases de la pénalisation »
Université Université Paris Nanterre
Lauréate du Prix du Master du Cancéropôle Île-de-France

2008-2009
Master 1 « Économie et Société » – Mention Très bien
Mémoire de recherche : « Identités en exil. Étude sur l'expérience de l'exil des journalistes réfugiés en France »
Université Université Paris Nanterre

Publications


2017 "Sur la balance, le poids de la peine" in Philippe Combessie (Dir.), Corps en péril, corps miroir. Approches socio-anthropologique, Presses universitaires de Paris Nanterre, p. 117-130. (http://www.lcdpu.fr/livre/?GCOI=27000100655610)

2015
[traduction] "The Sanitization of Criminal Justice? The Use of Illness in Criminal Trials", Revue française de sociologie, Vol. 56, n°4 , p. 697-733.
(http://www.cairn-int.info/article-E_RFS_564_0697--the-sanitization-of-criminal-justice.htm)

2015
« Une sanitarisation du pénal? La mobilisation de la maladie dans des procès pénaux », Revue française de sociologie, Vol. 56, n°4.

2015 « De(s) patients détenus. Se soigner dans un environnement contraignant », Anthropologie & Santé, Vol. 10.

2014 Notice « sida », Dictionnaire des sexualités, dir. Janine MOSSUZ-LAVAU, Paris : Robert Laffont.

2012 « Sociologie du viol jugé en cour d'assises », NonFiction, Recension de l'ouvrage Le viol : aspects sociologiques d'un crime de Véronique Le Goaziou [en ligne]

2010 « Une plongée... aux portes du Conseil constitutionnel », NonFiction, Recension de l'ouvrage Une sociologue au Conseil constitutionnel de Dominique Schnapper [en ligne]

Enseignements dispensés

2014-2016 : Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales
2nd Semestre « Enquête collective », Séminaire, M1 (36 heures).
1er Semestre « Atelier de lecture-écriture », Séminaire, M2 (24 heures).
1er Semestre « Méthodologie de la recherche en sciences sociales », Séminaire, M1 (36 heures).

2013-2014
Université Paris Diderot – Paris 7 :
2nd Semestre « Enquête de terrain par questionnaire », TD, Licence 3 (18 heures).
Université Paris 8 Vincennes-Saint-Denis :
1er Semestre « Sociologie de la déviance », CM+TD, Licence 2 et Licence 3 (24 heures).
Université Université Paris Nanterre :
1er Semestre « Méthodes quantitatives en sociologie », TD, Licence 3 (48 heures).
1er Semestre « Initiation à la sociologie quantitative », TD, Licence 1 (48 heures).

2012-2013 : Université Université Paris Nanterre
1er Semestre « Sociologie de la déviance », CM, Licence 3 (2 heures).
1er Semestre « Méthodes quantitatives en sociologie », TD, Licence 3 (72 heures).
1er Semestre « Introduction à la socio-anthropologie », TD, Licence 2 (24 heures).

2011-2012 : Université Université Paris Nanterre
2nd Semestre « Initiation à l'enquête qualitative », TD, Licence 1 (48 heures).
1er Semestre « Sociologie de la déviance », CM, Licence 3 (2 heures).
1er Semestre « Introduction à la sociologie », TD, Licence 1 (48 heures).

2010-2011: Université Université Paris Nanterre
2nd Semestre « Initiation à l'enquête qualitative », TD, Licence 1 (72 heures).

2009-2010 : Université Université Paris Nanterre
2nd Semestre « Initiation à la sociologie », CM, Licence 1 (2 heures).
Tutorat en sociologie, Licence 1 (44 heures).

2008-2009: Université Université Paris Nanterre
2nd Semestre « Initiation à la sociologie », CM, Licence 1 (2 heures).

Communications : Congrès et colloques internationaux


15 juillet 2014
« Sentencing : 'health Determinants' of Criminal Sanction », Research Committee "Impact of Inequality and Discrimination on Justice Systems and Practices. Part I", at the XVIII ISA World Congress of Sociology, organised by the International Sociological Association (ISA). International Conference Center Pacifico Yokohama, Yokohama (Japon). 

30 avril 2014
« Peut-on parler de « secret médical » en milieu carcéral ? Contrôle et diffusion d´une information : la séropositivité au VIH Sida », à la 7ème Conférence francophone VIH/sida organisée par l'AFRAVIH.
Corum de Montpellier (France)

4 juillet 2012
« La prise en compte des informations de santé dans les jugements pénaux : incertitude ou déterminants ? Étude des effets de sur/sous-condamnations à travers l'analyse de 290 jugements correctionnels » au XIXème Congrès de l'Association internationale des sociologues de langue française. École Mohammadia d'ingénieurs, Rabat (Maroc). 

3 juillet 2012
« La santé aux frontières de la liberté. Vivre avec une maladie chronique en territoire incertain : temps de la maladie et temps de la peine, identité de patient et identité de détenu. Une enquête en milieu pénitentiaire » au XIXème Congrès de l'Association internationale des sociologues de langue française. École Mohammadia d'ingénieurs, Rabat (Maroc). 

28 mars 2012
« Jugement pénal et détention: une double peine pour les justiciables vivant avec une pathologie somatique chronique? » à la 6ème Conférence francophone VIH/sida organisée par l'AFRAVIH. Centre International des Conférences de Genève (Suisse). 

14 Mai 2009
« Signs of Love in French Cultural Space » (Armastuse märgid prantsuse kultuuriruumis), au Colloque international Signs of Love in Europe. Department of Philosophy and Semiotics – Université de Tartu (Estonie).

Communications : Séminaires, journées d'études, colloque nationaux



10 octobre 2016 (avec Sébastien Saetta)
« Produire des analyses quantitatives à partir d'observations de procès : enjeux méthodologiques et épistémologiques », Journées d'étude « Comment produire des analyses quantitatives à partir de matériaux ethnographiques », Nanterre.

5 juin 2015
(avec Muriel Epstein)
« Le langage quantitatif : une initiation par les textes », Journée d'étude « Enseigner la quantification dans le supérieur : les sciences sociales face aux chiffres », Maisons des Sciences Économiques, Paris.

6 novembre 2014
« Qu'est ce qui détermine la peine ? Des malades face à la justice pénale », Colloque « La fabrique des discriminations : acteurs et processus » organisé par l'ARDIS. Université Paris Est Marne-la-Vallée

18 décembre 2013
« L'individualisation de la peine, un révélateur d'injustices ? Les effets de protection et de sur-pénalisation dans le traitement pénal des malades », Séminaire organisé par le Sophiapol « De la recherche en philosophie et en sociologie : pratiques croisées ». Université Université Paris Nanterre

1er juin 2012
« Du box des accusés à la cellule pénitentiaire : logiques sociales de l'enfermement carcéral », Séminaire organisé par le Laboratoire d'analyses socio-anthropologiques du contemporain (Lasco). Université Université Paris Nanterre

6 janvier 2012
« Terrain judiciaire, terrain carcéral, terrain médicalisé : comment se négocie-t-on sa place sur des terrains sur-institutionnalisés ? », Séminaire « Si, les sciences sociales sont des sciences ». EHESS

9 décembre 2011
« Les déterminants « santé » de la sanction pénale : une analyse sociologique de 290 condamnations », Atelier du Groupe Prison Sidaction. Sidaction

19 novembre 2011
« Santé et chaîne pénale : jugement, détention, sortie de prison », aux Journées Jeunes Chercheurs Sidaction. Sidaction

15 novembre 2011
« Justiciables vivant avec une pathologie somatique chronique à trois moments de la chaîne pénale : une double peine ? » au séminaire du Gericss. Université Université Paris Nanterre

6 octobre 2011
« VIH/sida et justice pénale : une analyse sociologique d'effets de sur/sous-condamnation » (poster) à l'Université des Jeunes chercheurs travaillant sur le VIH/sida. Carry-le-Rouet

Mis à jour le 23 mars 2017