Jeanne Roland : "Corps organique et constitution de l'individualité chez Leibniz", thèse soutenue le 7 décembre 2009

Jeanne Roland a soutenu sa thèse de doctorat en philosophie intitulée :

Corps organique et constitution de l'individualité chez Leibniz

sous la direction de Mme Martine de Gaudemar le 7 décembre 2009 à l'Université Université Paris Nanterre.

Jury

M. François Duchesneau (Université de Montréal)
Mme Anne Fagot-Largeault (Collège de France)
M. Michel Fichant (Université Paris Sorbonne)
Mme Martine de Gaudemar (Université Université Paris Nanterre)
M. Philippe Hamou (Université Université Paris Nanterre)
M. Enrico Pasini (Université de Turin)

Résumé

Notre propos est de mesurer les puissances d'opposition du concept leibnizien de corps organique au dualisme cartésien et, pour cela, son rôle déterminant dans la pensée de l'individualité. Nous interrogeons d'abord le geste métaphysique qui consiste à accorder des formes substantielles à certains corps, au moment où s'élabore le concept d'une substantialité individuelle sous-tendu par la critique de la res cogitans aussi bien que de la res extensa. L'examen de la typologie des phénomènes, qui croise celle des agrégats, permet de questionner les rapports entre la substance individuelle et la réalité corporelle. L'ego n'est plus la res cogitans, sans être à proprement parler une substance corporelle. C'est son organicité, condition naturelle d'existence commune à tous les êtres, qui assure en lui la raison d'un rapport aux autres substances, constitutive de son individualité. Le concept de machine de la nature, précisant celui de corps organique en 1695, est contemporain de l'hypothèse des accords. Ame et corps sont moins deux substances distinctes que deux points de vue sur l'unité individuelle, telle qu'elle se réalise dans l'infinie composition d'une machine de la nature. Nous examinons alors la nature du passage de la substance individuelle à la substance simple ou monade, qui est contemporain de l'apparition du vocable d'organisme : mouvement de naturalisation et d'uniformisation du créé, qui ne revient pas à concevoir les monades à l'image d'entités psychiques, mais plutôt à les articuler de manière nécessaire à l'organicité d'un corps. L'individualité, pensée comme composition, s'ordonne dès lors à une réalité non substantielle: organique.


Summary :

My purpose is to appraise the oppositional capacities of the Leibnizian concept of organic body to the Cartesian dualism. The concept of organic body is crucial in thinking individuality. First I examine the metaphysical stance consisting in giving substantial forms to certain bodies, at the time when the concept of individual substance supported by the criticism of the res cogitans al well as that of the res extensa was coming to form. Looking at the typology of phenomena, crossing path with the typology of aggregates, leads to shed light on the relations between the individual substance and the corporeal reality. The Ego isn't the res cogitans anymore, but isn't a proper corporeal substance either. It's its organic status, which is the natural condition shared by every creature, that constitutes within it the reason for the connection with other substances; this reason makes for its individuality. In 1695, the concept of machine of nature, specifying that of organic body, is contemporaneous with the hypothèse des accords. Body and soul aren't so much two distinct substances than two points of view on the individual unity, such as it is achieved in the infinite composition of a machine of nature. We need to identify the nature of the transition from the individual substance to the simple substance or monad. This transition happened at the same time as the birth of the word organism: naturalization of the being, which is not to say that the monads are soul-like, but that they are necessarily articulated to the organic reality of a body. From then on, individuality, thought as a composition, revolves around a no-substantial reality: the organic reality.

Mis à jour le 31 août 2011